Tutoriel MAO #2 – Donnez vie à vos sons, salissez-les!

19 avril 2013
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Tutoriel MAO #2

Vous avez peut-être aimé le Tutoriel MAO #1 où je montrais comment recycler de la matière sonore – même de piètre qualité – pour en tirer quelque chose de neuf et d’original.

Dans ce 2ème volet je vous propose de découvrir comment amener un peu de « grain » dans vos productions en n’hésitant pas à salir vos sons! En effet, une caractéristique commune à toutes ces machines d’antan qui produisaient naturellement ce son si « chaud », « rond » et agréable (magnétophones à bande, consoles de mixage, synthétiseurs analogiques et autres échantillonneurs de la première ère numérique) c’est justement la quantité non négligeable de défauts et d’artefacts sonores produits par la machine elle-même! En voici quelques exemples: bruit thermique, électrique ou électromagnétique, distorsion et écrêtage du signal, souffle, auto-oscillation, repliement de spectre, etc.

Depuis les premiers synthétiseurs numériques et l’amélioration permanente de l’électronique, puis plus récemment des simulations informatiques plus ou moins réussies de nos chers instruments et effets (plug-ins), il est souvent reproché à ces sons d’être trop « froids » et sans vie. C’est certainement parce qu’ils sont trop parfaits et reproductibles, désespérément dénués de tous ces petits détails charmeurs pour nos oreilles et notre cerveau. Je vous propose ici de donner une nouvelle vie à ces sons, en incorporant volontairement une bonne dose de bruit et de défauts en quantité maîtrisée. Nous verrons bien ce que ça donne…

Préparation du projet

J’ai récupéré sur internet un échantillon de souffle de cassette audio. J’ai par ailleurs composé une petite boucle rythmique simple et « propre » à partir d’un plug-in orienté boite à rythme (Nepheton de D16 Group). Mon idée n’est pas de superposer bêtement ce bruit de bande sur ma boucle, le résultat serait assez décevant. Je vais plutôt essayer de fusionner les deux en utilisant plusieurs étages de compression/expansion dans Ableton Live 9. La compression va globalement révéler tous les micro détails contenus dans le bruit de bande, l’expansion va me permettre au final de retrouver un son plus mat et compact en gommant l’excès de détails bruyants.

Pour partir sur les mêmes fichiers audio que moi, je vous propose de les télécharger au format WAV dans une archive ZIP en cliquant ici (clic-droit puis Enregistrer sous…). Voici un extrait audio du résultat final:

 

Allez, c’est parti!

Etape 1

Je crée une piste MIDI dans laquelle je charge le plug-in Nepheton. Vous pouvez tout à fait reproduire la même chose avec un Drum Rack Ableton en y déposant les fichiers WAV que j’ai fournis plus haut. Je compose ensuite une boucle rythmique de type Breakbeat sur 2 mesures à 140 BPM dans Live en mode Session.

 

Etape 2

Je crée une piste audio dans laquelle je charge ma boucle de bruit de bande. Je groupe tout de suite mes 2 pistes qui seront traitées ensemble ultérieurement par une multitude d’effets audio. Je commence par traiter la boucle de souffle de cassette avec un premier compresseur large bande. J’active l’option Side-Chain de façon à déclencher la compression en fonction de la boucle rythmique. J’ajuste le volume de la piste de souffle à un niveau relativement faible (-37 dB) car le bruit sera ensuite réamplifié par les compressions successives.

 

Etape 3

J’enchaine avec une compression large bande plutôt agressive sur le groupe. Le seuil est réglé volontairement bas pour un effet très marqué. L’option Side-Chain est activée mais sans pour autant y raccorder un signal extérieur. Le but est uniquement de filtrer le signal déclencheur (filtre passe-haut réglé sur 995 Hz) en le rendant moins sensible aux basses fréquences. La compression est de ce fait plus rapide et plus évidente, le son de Kick ne disparait pas et une certaine dose de « piquant » est ajoutée à la boucle.

 

Etape 4

J’ajoute une 2ème compression large bande avec un seuil réglé beaucoup plus haut que précédemment. Le but est de gonfler le son en traitant principalement les crêtes. Le bruit et les détails « croustillants » sont naturellement révélés puisque les bas niveaux dans lesquels ils étaient contenus sont amplifiés par réduction de la dynamique. L’attaque du compresseur est réglée au minimum pour casser un peu la dureté des transitoires et apporter ainsi une touche de « moelleux » (moi ça me fait penser au son du pop-corn qui éclate! 😆 ).

 

Etape 5

Je continue avec un 3ème étage de compression large bande. Les réglages sont presque identiques à l’étage précédent (attaque et relâchement rapides, ratio moyen) mais le seuil est encore relevé. Le son est de plus en plus écrasé, presque désagréable. N’ayez crainte, les étages suivants seront là pour gommer le trop plein de caractère! L’idée c’est d’obtenir une matière première suffisamment rechargée en « vie » et en « chaleur » pour la façonner à notre convenance par la suite. Petite remarque: à l’époque de l’analogique, une astuce d’ingé-son assez répandue consistait à enregistrer les sources sonores sur le magnétophone multipiste en poussant dans le rouge les tranches de consoles correspondantes, de façon à faire saturer la bande magnétique et les circuits analogiques de la console de mixage. Avec nos compressions successives, on recherche un peu le même effet sauf qu’on applique les traitements après-coup, sur des sources sonores très (trop) propres au départ…

 

Etape 6

Vient donc le moment de sculpter un peu tout ça! J’utilise pour ce faire un 1er compresseur/expandeur multi-bandes monté en compresseur vers le haut dans les aigus (code couleur marron) et en expandeur vers le bas dans les médiums et graves (code couleur bleu). Mon intention ici est de contenir un peu l’excitation générée dans le grave-médium pour rendre le son plus mat. Dans les aigus, je cherche au contraire à étaler un peu la « poussière » constituée des résidus de souffle. Cette composante est intéressante rythmiquement parlant car les réglages de relâchement des étages précédents ont été choisis pour produire une sorte de respiration calée au tempo. J’ajuste la fréquence de séparation médium/aigu pour ne pas trop affecter la caisse claire qui a tendance à devenir criarde. Globalement le son perd un peu de sa richesse mais je vais vite remalaxer tout ça avec un nouvel étage.

 

Etape 7

J’ajoute un 2ème compresseur/expandeur multi-bandes pour lequel je fais des réglages finalement inverses de ceux de l’étape 6. Vous me direz: à quoi bon? En fait le traitement de la dynamique est quelque chose de plutôt non-linéaire. Cela veut dire qu’en réduisant la dynamique d’un son dans un 1er étage par compression, puis en l’augmentant dans un 2ème étage en série par expansion vous ne retrouvez pas vraiment le son de départ. Et c’est ça qui est intéressant dans notre cas! Je réexcite donc le grave et le médium par compression vers le haut dans ces 2 bandes, et je compresse fortement vers le bas toutes les crêtes dans les 3 bandes. Le son commence à prendre une jolie tournure, c’est assez actuel et ça sonne même un peu « vinyle » je trouve:

 

Etape 8

Je suis presque au bout de mes tripatouillages. Je décide de corriger légèrement la balance tonale de l’ensemble avec l’ajout d’un égaliseur EQ8. Je cherche à feutrer un peu les aigus trop brillants à mon goût grâce à un filtre en plateau légèrement atténuateur sur la bande n°7. Je booste un peu la 1ère harmonique de mon Kick autour de 93 Hz avec la bande n°3 montée en cloche (la fondamentale se trouve vers 46 Hz d’après l’analyseur de spectre intégré au nouvel EQ8 de Live 9).

 

Etape 9

Dernière étape: obtenir quelques dB supplémentaires par l’ajout d’un limiteur en fin de chaîne. Celui-ci, en plus de booster le volume final de ma boucle, a tendance à générer un peu plus de vie et de chaleur grâce aux micro-pompages provoqués par un gain assez élevé (+7 dB) et un temps de relâchement variable (mode Auto). C’est parfait pour démarrer une production typiquement Breakbeat! Le plafond (Ceiling) est réglé sur « pas tout à fait 0dB » (-0.3dB) histoire d’être certain d’exporter le résultat en fichier WAV à un niveau optimal sans risque de saturation numérique (qui est en principe déconseillée).

 

Le mot de la fin

Nous voici arrivés à la fin de ce tutoriel #2. J’espère que vous l’avez apprécié et qu’il vous aura donné envie d’expérimenter avec vos sons. Soyez inventifs! Utilisez tout ce qu’en temps normal vous auriez certainement mis à la corbeille! Buzz de câble défectueux, bruit de disque dur, ronronnement de la climatisation de votre studio, ambiance de pièce captée par votre micro, … Les idées ne manquent pas. Salissez quelques-uns de vos sons pour créer des contrastes intéressants avec d’autres sons plus propres et plus lisses. En fait c’est comme en cuisine: tout est une histoire de dosage. Voici ce que je me suis amusé à composer à partir de cette boucle maison:

 

Je vous dis à très bientôt sur seancenumerique.com pour un nouveau tutoriel. Pensez à vous inscrire à la newsletter en haut à droite de mon site! Amusez-vou bien!  😉